Aïkido – La vérité cachée ou l’efficacité martiale

(available in english here)

Dans l’incapacité physique de pratiquer depuis plusieurs semaines je ne peux me résoudre à rester dans mon canapé en attendant l’amélioration qui me permettra, à nouveau, de retrouver mes chers tapis d’Aïkido.

Je continue d’aller plusieurs fois par semaine au Dojo, je prends des photos, je note les cours puis les retranscrit à la maison, j’accompagne les enfants en stage, et j’assiste aux stages adultes depuis le « banc de touche ». Tout ceci pourrait paraître très frustrant pour quelqu’un qui comme moi aime, avant tout, pratiquer et éprouver physiquement toute la richesse de notre art martial. Il ne faut pas se mentir ça l’est ! Cependant, comme le dit l’adage, « il faut savoir faire contre mauvaise fortune bon cœur », et tirer le meilleur parti de chaque situation. Ce fût donc mitori-geiko pour ma participation au stage que dirigeait Bernard Palmier Shihan le 25 février dernier à Châteaudun.

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7ème Dan depuis 2007 et Shihan (ce qui représente la plus haute distinction d’enseignement décernée par l’Aïkikaï de Tokyo) depuis 2014, on ne présente plus aujourd’hui Bernard Palmier tant il est connu et reconnu de ses pairs et suivi par de très nombreux pratiquants à travers le monde.

Pour ma part je le suis plusieurs fois par an depuis quelques années et je ne peux que me féliciter de ce choix tant chaque rencontre avec lui est une véritable source d’enrichissement, de partage et de progression. Je parle ici du point de vue technique bien entendu, mais aussi et plus largement d’un point de vue réflexif. Pour des raisons qui leur appartient, nombre de pratiquants ne regarde l’Aïkido que sous l’angle de ce qu’il y a à appliquer physiquement dans la réalisation d’une technique. L’idée qu’elle ne serait qu’un prétexte à l’application de principes plus vastes, plus agissant ne va pas de soit. Ainsi on se retrouve souvent avec des « passages en force » sur telle ou telle technique, de l’opposition, ou encore avec des incompréhensions de ce qui ne fonctionne pas, ou pire à développer et inscrire dans le corps de véritables mauvaises habitudes de pratique.

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Travailler sous le regard de Bernard Palmier c’est renoncer à la facilité et aux habitudes, pour entrer dans le champs de la profondeur et de la densité de l’Aïkido.

Bouillonnant, en questionnement permanent sur ce qui agit dans la pratique et sur la manière de transmettre, Bernard Palmier nous a proposé un travail d’une rare épaisseur autour de la nécessité et de l’intérêt du décloisonnement dans l’aïkido.

Comme on le sait, dans un souci d’accessibilité, Kisshomaru Ueshiba a fait un travail important de « verbalisation » et de classification des techniques dans le but de favoriser la propagation de cet art martial, ainsi que le souhaitait son père. En introduction à son stage, Bernard Palmier nous a tout de suite mis en garde à propos de notre lecture, de notre compréhension, de notre interprétation de cette nomenclature : « La nomenclature est là pour nous aider et non pas pour nous enfermer et nuire à la transversalité. Il s’agit d’être vigilant à ce que nous n’en fassions pas une boite avec des tiroirs dont nous serions prisonniers. L’Aïkido n’est pas étanche. Il n’y a pas d’un coté suwari waza et d’un autre tachi waza, ni même omote et ura, tori et uke ou encore nage et katame» (B. Palmier).

Pour nous donner à vivre et pour que nous comprenions tous concrètement sa pensée, Bernard a choisi d’articuler le stage autour de Ushiro waza.

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Dès l’entrée en matière les cloisons sont tombées ! Comme nous l’a rappelé Bernard, ushiro est un placement idéal. Chaque pratiquant a pu l’éprouver, se trouver dans le dos de son partenaire est une situation plus que favorable pour aboutir une technique. Mais dans ce cas c’est bien tori qui décide, de par son déplacement et une double sollicitation (celle du premier contact de face et celle qui amène uke a finalement saisir la deuxième main de tori) d’amener uke jusque dans son dos. Nous avons tous pu constater qu’en donnant du sens à la saisie, nous pouvions nous réinterroger sur qui est tori et qui est uke ? Un début de porosité était prégnant ! Les rôles sont-ils si figés que cela ? À l’évidence non. De plus, lorsque uke attaque, il ne le fait pas seulement pour proposer une situation de travail à tori ; il l’attaque avec l’idée d’aller au bout de quelque chose. Ce qui revient à dire que, tout comme tori, uke construit son attaque (en l’occurrence une saisie) comme une technique. La question de l’authenticité de nos actions à bien vite été omniprésente ainsi que celle du De aï, du centrage, ou encore la mise en œuvre du principe de placement. Mes kohaï sur le tapis et moi, avec mon petit carnet de notes, avions dépassé la simple question de la technique pour en arriver à nous interroger sur ce que nous donnions à travailler à notre partenaire et notre qualité de présence lors de la rencontre.

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Après un peu plus d’une heure passé sur cette forme, Bernard, à ma grande surprise, proposa de laisser de coté Ushiro Waza pour un moment, et de « revenir » au travail de face. Je ne peux qu’avouer mon admiration lorsqu’il mit en évidence le placement ushiro sur shomen uchi irimi nage pourtant mae waza. Là encore la perméabilité de la pratique ne put que nous apparaître évidente. Que ce soit du point de vue de tori ou de celui de uke, le point fondamental est le même. C’est le principe de placement qui permettra de mener une technique jusqu’à son terme. A quelques minutes de la petite pause méritée par tous, nous avions retravaillé notre authenticité, notre acuité, ouvert nos horizons quant aux segmentations de notre pratique, et Bernard de conclure sur le principe de Shoshin comme un des garants de notre progression. Je vous renvoie pour cet élément à un texte écrit il y a quelques années par Bernard Palmier lui-même, et qui dit bien mieux que je ne le ferais, le sens profond de « Shoshin ».

Décloisonnement, perméabilité, riaï furent évidemment aussi au centre de la deuxième partie de ce stage, mais cette fois Bernard choisit d’alterner buki waza et travail à mains nues et de faire le lien avec le principe de relâchement. Ce fut une nouvelle heure et demie d’étude et de sueur pour les pratiquants. Voir tori avec son ken entrer et venir se placer derrière uke fut une suite logique et cependant une proposition que je n’avais encore jamais vécue et qui mit en exergue la nécessaire harmonie entre les partenaires. Il s’agissait de la simplicité de l’évidence et de la complexité de la réalisation.

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Ayant laissé traîner mes oreilles auprès des pratiquants à la fin du stage, je sais que la substantifique moelle fut perçue. Les yeux grands ouverts et les corps éveillés, chacun venait de vivre trois belles heures de travail intenses.

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Pour finir cet écrit sur le stage de Châteaudun, je citerais Bernard dans son article à propos du Riaï: « le Riaï est la condition de l’efficacité martiale. Une technique est efficace non pas parce qu’elle est exécutée d’une façon ou d’une autre mais parce qu’elle respecte les principes ».

Je souhaite sincèrement et profondément remercier Bernard Palmier Shihan dont la générosité et les qualités de partage sont constantes. Pouvoir se mettre sous ce regard, vivre ces moments de travail, même depuis le « banc de touche », est un enrichissement et une promesse de longévité dans la pratique.

Merci infiniment.

Hélène Richard.

Bernard Palmier est en stage tous les week-end et donne cours chaque semaine à l’ACT (aïkido culture et tradition). Vous pouvez retrouvez le calendrier des stages ici.

A titre personnel je vous recommande deux stages qui me tiennent particulièrement à cœur : le premier, celui de Beaugency (41), est un stage de 4 jours qui à lieu depuis de nombreuses années à l’Ascension (du 25 au 28 mai 2017). Le deuxième est son stage d’été du mois d’août à Autrans (38). Il se déroule sur toute une semaine dans un cadre de rêve (dans le Vercors) durant la première semaine d’août (du 29 au 05 Août).

Je vous y attends 😉

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